Notions de Logique v2 — version HTML

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Motivations

Il est important d'avoir un langage rigoureux. La langue française est souvent ambigüe. Prenons l'exemple de la conjonction « ou » : au restaurant « fromage ou dessert » signifie l'un ou l'autre mais pas les deux. Par contre si dans un jeu de cartes on cherche « les as ou les cœurs » alors il ne faut pas exclure l'as de cœur.

Il y a des notions difficiles à expliquer avec des mots : par exemple la continuité d'une fonction est souvent expliquée par « on trace le graphe sans lever le crayon ». Voici la définition mathématique de la continuité d'une fonction \(f : I \to \RR\) en un point \(x_0 \in I\) :

\[ \forall \varepsilon > 0 \quad \exists \delta > 0 \quad \forall x \in I \quad \bigl(|x - x_0| < \delta \implies |f(x) - f(x_0)| < \varepsilon\bigr). \]

C'est le but de ce chapitre de rendre cette ligne plus claire ! C'est la logique. Enfin, les mathématiques tentent de distinguer le vrai du faux : pour savoir si une affirmation est vraie, il faut suivre une démarche logique qui mène à la conclusion. On parle de raisonnement.


1. Proposition

Proposition
Une proposition est une phrase soit vraie, soit fausse, pas les deux en même temps.

Exemples :

  • « Il pleut. »
  • « Je suis plus grand que toi. »
  • « \(2 + 2 = 4\) » — vraie.
  • « \(2 \times 3 = 7\) » — fausse.
  • « Pour tout \(x \in \RR\), on a \(x^2 \geq 0\) » — vraie.
  • « Pour tout \(z \in \mathbb{C}\), on a \(|z| = 1\) » — fausse.

2. Opérations logiques

Dans toutes les tables ci-dessous, 1 signifie vrai (V) et 0 signifie faux (F).

2.1. L'opérateur logique « et »

La proposition « \(P\) et \(Q\) » est vraie si \(P\) est vraie et \(Q\) est vraie. La proposition « \(P\) et \(Q\) » est fausse sinon. On résume ceci en une table de vérité :

PQP et Q
111
100
010
000
Figure 1 — Table de vérité de « \(P\) et \(Q\) ».

Par exemple si \(P\) est la proposition « Cette carte est un as » et \(Q\) la proposition « Cette carte est cœur » alors « \(P\) et \(Q\) » est vraie si la carte est l'as de cœur, et fausse pour toute autre carte.

2.2. L'opérateur logique « ou »

La proposition « \(P\) ou \(Q\) » est vraie si l'une (au moins) des deux propositions \(P\) ou \(Q\) est vraie. La proposition « \(P\) ou \(Q\) » est fausse si les deux propositions \(P\) et \(Q\) sont fausses.

PQP ou Q
111
101
011
000
Figure 2 — Table de vérité de « \(P\) ou \(Q\) ».

Si \(P\) est la proposition « Cette carte est un as » et \(Q\) la proposition « Cette carte est cœur » alors « \(P\) ou \(Q\) » est vraie si la carte est un as ou bien un cœur (en particulier elle est vraie pour l'as de cœur).

Remarque
Pour définir les opérateurs « ou », « et » on fait appel à une phrase en français utilisant les mots ou, et ! Les tables de vérité permettent d'éviter ce problème.

2.3. La négation « non »

La proposition « non \(P\) » est vraie si \(P\) est fausse, et fausse si \(P\) est vraie. On note \(\overline{P}\) la négation de la proposition \(P\).

Pnon P
10
01
Figure 3 — Table de vérité de « non \(P\) ».

2.4. L'implication \(\Rightarrow\)

Implication
La proposition « (non \(P\)) ou \(Q\) » est notée « \(P \Rightarrow Q\) ».

Sa table de vérité est donc la suivante :

PQP ⇒ Q
111
100
011
001
Figure 4 — Table de vérité de « \(P \Rightarrow Q\) ».

La proposition « \(P \Rightarrow Q\) » se lit en français « \(P\) implique \(Q\) ». Elle se lit souvent aussi « si \(P\) est vraie alors \(Q\) est vraie » ou « si \(P\) alors \(Q\) ».

Par exemple :

  • « \(0 \leq x \leq 25 \Rightarrow \sqrt{x} \leq 5\) » est vraie (prendre la racine carrée).
  • « \(x \in ]-\infty, -4[ \Rightarrow x^2 + 3x - 4 > 0\) » est vraie (étudier le binôme).
  • « \(\sin(\theta) = 0 \Rightarrow \theta = 0\) » est fausse (regarder pour \(\theta = 2\pi\) par exemple).
  • « \(2 + 2 = 5 \Rightarrow \sqrt{2} = 2\) » est vraie ! Eh oui, si \(P\) est fausse alors l'assertion « \(P \Rightarrow Q\) » est toujours vraie.

2.5. L'équivalence \(\Leftrightarrow\)

Équivalence
« \(P \Leftrightarrow Q\) » est la proposition « \((P \Rightarrow Q)\) et \((Q \Rightarrow P)\) ».

On dira « \(P\) est équivalent à \(Q\) » ou « \(P\) équivaut à \(Q\) » ou « \(P\) si et seulement si \(Q\) ». Cette proposition est vraie lorsque \(P\) et \(Q\) sont vraies ou lorsque \(P\) et \(Q\) sont fausses. La table de vérité est :

PQP ⇔ Q
111
100
010
001
Figure 5 — Table de vérité de « \(P \Leftrightarrow Q\) ».

Exemples :

  • Pour \(x, x' \in \RR\), l'équivalence « \(x \cdot x' = 0 \Leftrightarrow (x = 0 \text{ ou } x' = 0)\) » est vraie.
  • Voici une équivalence toujours fausse (quelle que soit la proposition \(P\)) : « \(P \Leftrightarrow \text{non}(P)\) ».

3. Loi logique ou tautologie

Loi logique (tautologie)
On appelle loi logique toute proposition constituée par des propositions liées entre elles par des connexions logiques et qui est toujours vraie quelle que soit la valeur de vérité des propositions qui la constituent. Une loi logique s'appelle aussi une tautologie.

Proposition 1 — Lois logiques usuelles

Lois logiques

Soient \(P, Q, R\) trois propositions. Nous avons les équivalences (vraies) suivantes :

  1. \(P \Leftrightarrow \text{non}(\text{non}(P))\)
  2. \((P \text{ et } Q) \Leftrightarrow (Q \text{ et } P)\) — commutativité de « et »
  3. \((P \text{ ou } Q) \Leftrightarrow (Q \text{ ou } P)\) — commutativité de « ou »
  4. \(\text{non}(P \text{ et } Q) \Leftrightarrow (\text{non } P) \text{ ou } (\text{non } Q)\) — 1re loi de De Morgan
  5. \(\text{non}(P \text{ ou } Q) \Leftrightarrow (\text{non } P) \text{ et } (\text{non } Q)\) — 2e loi de De Morgan
  6. \(P \text{ et } (Q \text{ ou } R) \Leftrightarrow (P \text{ et } Q) \text{ ou } (P \text{ et } R)\) — distributivité
  7. \(P \text{ ou } (Q \text{ et } R) \Leftrightarrow (P \text{ ou } Q) \text{ et } (P \text{ ou } R)\) — distributivité
  8. « \(P \Rightarrow Q\) » \(\Leftrightarrow\) « \(\text{non}(Q) \Rightarrow \text{non}(P)\) » — contraposition
Preuve de la loi 4 (De Morgan)

On compare les deux propositions « \(\text{non}(P \text{ et } Q)\) » et « \((\text{non } P) \text{ ou } (\text{non } Q)\) » pour toutes les valeurs possibles de \(P\) et \(Q\). Par exemple si \(P\) est vraie et \(Q\) est vraie, alors « \(P\) et \(Q\) » est vraie donc « \(\text{non}(P \text{ et } Q)\) » est fausse ; d'autre part \(\text{non } P\) est fausse, \(\text{non } Q\) est fausse donc « \((\text{non } P) \text{ ou } (\text{non } Q)\) » est fausse. Ainsi dans ce cas les deux propositions sont fausses. On dresse ainsi les deux tables de vérité : comme elles sont identiques, les deux propositions sont équivalentes.

PQ non(P et Q) (non P) ou (non Q)
1100
1011
0111
0011
Figure 6 — Tables de vérité de « \(\text{non}(P \text{ et } Q)\) » et de « \((\text{non } P) \text{ ou } (\text{non } Q)\) ».
Preuve de la loi 8 (contraposition)

Par définition, l'implication « \(P \Rightarrow Q\) » est la proposition « \((\text{non } P) \text{ ou } Q\) ». Donc l'implication « \(\text{non}(Q) \Rightarrow \text{non}(P)\) » est équivalente à « \(\text{non}(\text{non}(Q)) \text{ ou } \text{non}(P)\) » qui équivaut encore à « \(Q \text{ ou } \text{non}(P)\) », et donc est équivalente à « \(P \Rightarrow Q\) ».


4. Quantificateurs et fonction propositionnelle

Si une proposition \(P\) dépend d'un paramètre \(x\), on l'appelle fonction propositionnelle.

4.1. Définition

Fonction propositionnelle
Une fonction propositionnelle sur un ensemble \(E\) est une expression contenant une ou plusieurs variables libres dans \(E\), et qui est susceptible de devenir une proposition vraie ou fausse si l'on attribue à ces variables certaines valeurs particulières de l'ensemble \(E\).

4.2. Le quantificateur \(\forall\) : « pour tout »

Quantificateur universel
La proposition \[ \forall x \in E \quad P(x) \] est vraie lorsque les propositions \(P(x)\) sont vraies pour tous les éléments \(x\) de \(E\). On lit « Pour tout \(x\) appartenant à \(E\), \(P(x)\) », sous-entendu « Pour tout \(x\) appartenant à \(E\), \(P(x)\) est vraie ».

Exemples :

  • « \(\forall x \in [1 ; +\infty[\,: x^2 \geq 1\) » est une proposition vraie.
  • « \(\forall x \in \RR\,: x^2 \geq 1\) » est une proposition fausse.
  • « \(\forall n \in \NN\,: n(n+1) \text{ est divisible par } 2\) » est vraie.

4.3. Le quantificateur \(\exists\) : « il existe »

Quantificateur existentiel
La proposition \[ \exists x \in E \quad P(x) \] est vraie lorsque l'on peut trouver au moins un \(x\) de \(E\) pour lequel \(P(x)\) est vraie. On lit « il existe \(x\) appartenant à \(E\) tel que \(P(x)\) (soit vraie) ».

Exemples :

  • « \(\exists x \in \RR\,: x(x-1) < 0\) » est vraie (par exemple \(x = \tfrac{1}{2}\) vérifie bien la propriété).
  • « \(\exists n \in \NN\,: n^2 - n \geq n\) » est vraie (il y a plein de choix : \(n = 3\) convient, mais aussi \(n = 10\), ou même \(n = 100\) ; un seul suffit pour dire que la proposition est vraie).
  • « \(\exists x \in \RR\,: x^2 = -1\) » est fausse (aucun réel au carré ne donnera un nombre négatif).

4.4. La négation des quantificateurs

Négation de \(\forall\)
\[ \text{La négation de } \forall x \in E \quad P(x) \quad \text{est} \quad \exists x \in E \quad \text{non } P(x). \]

Par exemple la négation de « \(\forall x \in [1, +\infty[\,: x^2 \geq 1\) » est la proposition « \(\exists x \in [1, +\infty[\,: x^2 < 1\) ». En effet la négation de \(x^2 \geq 1\) est \(\text{non}(x^2 \geq 1)\) mais s'écrit plus simplement \(x^2 < 1\).

Négation de \(\exists\)
\[ \text{La négation de } \exists x \in E \quad P(x) \quad \text{est} \quad \forall x \in E \quad \text{non } P(x). \]

Voici des exemples :

  • La négation de « \(\exists z \in \mathbb{C}\,: z^2 + z + 1 = 0\) » est « \(\forall z \in \mathbb{C}\,: z^2 + z + 1 \neq 0\) ».
  • La négation de « \(\forall x \in \RR\,: x + 1 \in \ZZ\) » est « \(\exists x \in \RR\,: x + 1 \notin \ZZ\) ».
  • Pour l'assertion complexe : \[ \forall x \in \RR \quad \exists y > 0 \quad (x + y > 10) \] sa négation est \[ \exists x \in \RR \quad \forall y > 0 \quad (x + y \leq 10). \]

4.5. Remarques

1. Ordre des quantificateurs

L'ordre des quantificateurs est très important. Les deux phrases logiques

\[ \forall x \in \RR \quad \exists y \in \RR \quad (x + y > 0) \qquad \text{et} \qquad \exists y \in \RR \quad \forall x \in \RR \quad (x + y > 0) \]

sont différentes. La première est vraie : elle se lit « Pour tout réel \(x\), il existe un réel \(y\) (qui peut dépendre de \(x\)) tel que \(x + y > 0\) » — prendre par exemple \(y = |x| + 1\). La seconde est fausse : elle se lit « Il existe un réel \(y\) tel que, pour tout réel \(x\), \(x + y > 0\) ». Cela ne peut pas être le même \(y\) qui convient pour tous les \(x\) !

En français : la phrase « Pour toute personne, il existe un numéro de téléphone » est vraie (le numéro dépend de la personne), tandis que « Il existe un numéro pour toutes les personnes » est fausse (ce serait le même numéro pour tout le monde).

2. Unicité et point d'exclamation

Quand on écrit « \(\exists x \in \RR\,: f(x) = 0\) » cela signifie qu'il existe au moins un réel pour lequel \(f\) s'annule. Rien ne dit que ce \(x\) est unique. Afin de préciser que \(f\) s'annule en une unique valeur, on rajoute un point d'exclamation :

\[ \exists!\, x \in \RR \quad f(x) = 0. \]
3. Négation algorithmique
Pour la négation d'une phrase logique, il n'est pas nécessaire de savoir si la phrase est fausse ou vraie. Le procédé est algorithmique : on change le « pour tout » en « il existe » et inversement, puis on prend la négation de la proposition \(P\).
4. Précision sur les inégalités
Pour la négation d'une proposition, il faut être précis : la négation de l'inégalité stricte « \(<\) » est l'inégalité large « \(\geq\) », et inversement.
Attention — usage des quantificateurs
Les quantificateurs ne sont pas des abréviations. Soit vous écrivez une phrase en français : « Pour tout réel \(x\), si \(f(x) = 1\) alors \(x \geq 0\) », soit vous écrivez la phrase logique : \[ \forall x \in \RR \quad (f(x) = 1 \implies x \geq 0). \] Mais surtout n'écrivez pas « \(\forall x\) réel, si \(f(x) = 1 \Rightarrow x\) positif ou nul ». Enfin, pour passer d'une ligne à l'autre d'un raisonnement, préférez plutôt « donc » à « \(\Rightarrow\) ». Il est également défendu d'écrire \(\Leftrightarrow\) ou \(\Rightarrow\) entre des lignes de calcul : ces symboles ne relient que des propositions.

5. Raisonnements

Voici des méthodes classiques de raisonnements.

5.1. Raisonnement direct

On veut montrer que la proposition « \(P \Rightarrow Q\) » est vraie. On suppose que \(P\) est vraie et on montre qu'alors \(Q\) est vraie. C'est la méthode à laquelle vous êtes le plus habitué.

Encadrement et somme d'inverses

Soient \(x \in \RR^*_+\) et \(y \in \RR^*_+\) tels que \(0 < x < 2\) et \(0 < y < 2\). Montrer que :

\[ \begin{cases} 0 < x < 2 \\ 0 < y < 2 \end{cases} \;\Rightarrow\; \frac{1}{x} + \frac{1}{y} > 1. \]
Démonstration

Supposons \(0 < x < 2\) et \(0 < y < 2\). Alors

\[ \begin{cases} x < 2 \;\Rightarrow\; \dfrac{1}{x} > \dfrac{1}{2} \\[6pt] y < 2 \;\Rightarrow\; \dfrac{1}{y} > \dfrac{1}{2} \end{cases} \]

En sommant membre à membre ces deux inégalités (toutes deux strictes dans le même sens) :

\[ \frac{1}{x} + \frac{1}{y} > \frac{1}{2} + \frac{1}{2} = 1. \]

D'où le résultat.

5.2. Raisonnement par disjonction des cas

Si l'on souhaite vérifier une proposition \(P(x)\) pour tous les \(x\) dans un ensemble \(E\), on montre la proposition pour les \(x\) dans une partie \(A\) de \(E\), puis pour les \(x\) n'appartenant pas à \(A\). C'est la méthode de disjonction des cas (ou méthode cas par cas).

Inégalité avec valeur absolue

Montrer que : \(\forall x \in \RR,\; |x - 1| \leq x^2 - x + 1\).

Démonstration

Soit \(x \in \RR\). Nous distinguons deux cas.

Premier cas : \(x \geq 1\). Alors \(|x-1| = x-1\), et

\[ \begin{aligned} (x^2 - x + 1) - (x - 1) &= x^2 - 2x + 2 \\ &= (x - 1)^2 + 1 \geq 0. \end{aligned} \]

Ainsi \(x^2 - x + 1 \geq |x-1|\).

Deuxième cas : \(x < 1\). Alors \(|x-1| = -(x-1) = 1-x\), et

\[ (x^2 - x + 1) + (x - 1) = x^2 \geq 0. \]

Donc \(x^2 - x + 1 \geq |x-1|\).

Conclusion. Dans tous les cas, \(x^2 - x + 1 \geq |x-1|\), c'est-à-dire \(|x-1| \leq x^2 - x + 1\).

Divisibilité de \(n(n+1)(n+2)\) par 3

Montrer que \(n(n+1)(n+2)\) est un multiple de \(3\) pour tout \(n \in \NN\).

Démonstration

Soit \(n \in \NN\). Il y a trois cas possibles pour \(n\) selon son reste modulo \(3\) :

\[ n = 3k \quad \text{ou} \quad n = 3k+1 \quad \text{ou} \quad n = 3k+2 \qquad (k \in \NN). \]

1er cas : \(n = 3k\).

\[ n(n+1)(n+2) = 3k(3k+1)(3k+2) = 3k' \quad \text{avec} \quad k' = k(3k+1)(3k+2). \]

Donc \(n(n+1)(n+2)\) est un multiple de \(3\).

2e cas : \(n = 3k+1\).

\[ n(n+1)(n+2) = (3k+1)(3k+2)(3k+3) = 3(3k+1)(3k+2)(k+1) = 3k'. \]

Donc \(n(n+1)(n+2)\) est un multiple de \(3\).

3e cas : \(n = 3k+2\).

\[ n(n+1)(n+2) = (3k+2)(3k+3)(3k+4) = 3(3k+2)(k+1)(3k+4) = 3k'. \]

Donc \(n(n+1)(n+2)\) est un multiple de \(3\).

Conclusion. \(\forall n \in \NN\), \(n(n+1)(n+2)\) est un multiple de \(3\).

5.3. Raisonnement par contraposition

Le raisonnement par contraposition est basé sur l'équivalence suivante (voir Proposition 1, point 8) :

Contraposition
La proposition « \(P \Rightarrow Q\) » est équivalente à « \(\text{non}(Q) \Rightarrow \text{non}(P)\) ».

Donc, si l'on souhaite montrer la proposition « \(P \Rightarrow Q\) », on montre en fait que \(\text{non}(Q) \Rightarrow \text{non}(P)\) est vraie.

Application à une équation rationnelle

Soit \(x \in \RR\) avec \(x \neq -5\). Montrer que :

\[ x \neq -8 \;\Rightarrow\; \frac{x+2}{x+5} \neq 2. \]
Démonstration (par contraposition)

Montrons la contraposée :

\[ \frac{x+2}{x+5} = 2 \;\Rightarrow\; x = -8. \]

On a :

\[ \begin{aligned} \frac{x+2}{x+5} = 2 &\Rightarrow x + 2 = 2(x+5) \\ &\Rightarrow x + 2 = 2x + 10 \\ &\Rightarrow x = -8. \end{aligned} \]

Conclusion : par contraposition, \(x \neq -8 \Rightarrow \dfrac{x+2}{x+5} \neq 2\).

5.4. Raisonnement par l'absurde

Le raisonnement par l'absurde repose sur le principe suivant : pour montrer « \(P \Rightarrow Q\) », on suppose à la fois que \(P\) est vraie et que \(Q\) est fausse, et on cherche une contradiction. Ainsi si \(P\) est vraie alors \(Q\) doit être vraie, et donc « \(P \Rightarrow Q\) » est vraie.

Égalité \(\frac{a}{1+b} = \frac{b}{1+a}\)

Soient \(a > 0\) et \(b > 0\). Montrer que si \(\dfrac{a}{1+b} = \dfrac{b}{1+a}\) alors \(a = b\).

Démonstration

Nous raisonnons par l'absurde en supposant que \(\dfrac{a}{1+b} = \dfrac{b}{1+a}\) et \(a \neq b\).

Comme \(\dfrac{a}{1+b} = \dfrac{b}{1+a}\), alors \(a(1+a) = b(1+b)\), donc \(a + a^2 = b + b^2\), d'où \(a^2 - b^2 = b - a\). Cela conduit à

\[ (a-b)(a+b) = -(a-b). \]

Comme \(a \neq b\), on a \(a - b \neq 0\) : en divisant par \(a-b\), on obtient \(a + b = -1\). Or la somme des deux nombres positifs \(a\) et \(b\) ne peut être négative. Nous obtenons une contradiction.

Conclusion : si \(\dfrac{a}{1+b} = \dfrac{b}{1+a}\) alors \(a = b\).

5.5. Raisonnement par contre-exemple

Si l'on veut montrer qu'une proposition du type « \(\forall x \in E \quad P(x)\) » est vraie, alors pour chaque \(x\) de \(E\) il faut montrer que \(P(x)\) est vraie. Par contre, pour montrer qu'elle est fausse, il suffit de trouver un \(x \in E\) tel que \(P(x)\) soit fausse. Trouver un tel \(x\), c'est trouver un contre-exemple à la proposition « \(\forall x \in E \quad P(x)\) ».

Fausseté de \(x^2 \geq x\) sur \([0;1]\)

Montrer que la proposition \[ P : \quad (\forall x \in [0 ; 1]) \quad x^2 \geq x \] est fausse.

Démonstration

Sa négation est :

\[ \overline{P} : \quad (\exists x \in [0 ; 1]) \quad x^2 < x. \]

En posant \(x = \dfrac{1}{2}\), on a \(\left(\dfrac{1}{2}\right)^2 = \dfrac{1}{4} < \dfrac{1}{2}\). Donc \(\overline{P}\) est vraie, et par conséquent \(P\) est fausse. Le réel \(x = \tfrac{1}{2}\) est un contre-exemple à \(P\).

5.6. Raisonnement par équivalence

Le raisonnement par équivalence repose sur le principe suivant : pour montrer qu'une proposition \(P\) est vraie, on montre que « \(P \Leftrightarrow Q\) » est vraie et que \(Q\) est vraie ; on en déduit alors que \(P\) est vraie.

Inégalité \(x + \frac{1}{x} \geq 2\)

Montrer que : \(\forall x > 0,\quad x + \dfrac{1}{x} \geq 2\).

Démonstration

Pour \(x > 0\), on a :

\[ \begin{aligned} x + \frac{1}{x} \geq 2 &\iff \frac{x^2 + 1}{x} \geq 2 \\[4pt] &\iff \frac{x^2 + 1}{x} - 2 \geq 0 \\[4pt] &\iff \frac{x^2 + 1 - 2x}{x} \geq 0 \\[4pt] &\iff \frac{(x-1)^2}{x} \geq 0. \end{aligned} \]

Or \((x-1)^2 \geq 0\) et \(x > 0\), donc le quotient \(\dfrac{(x-1)^2}{x}\) est positif ou nul. Par équivalence, on conclut :

\[ \forall x > 0, \quad x + \frac{1}{x} \geq 2. \]

5.7. Raisonnement par récurrence

Le principe de récurrence permet de montrer qu'une proposition \(P(n)\), dépendant de \(n\), est vraie pour tout \(n \in \NN\). La démonstration par récurrence se déroule en trois étapes :

Principe de récurrence
  1. Initialisation. On prouve que \(P(0)\) est vraie.
  2. Hérédité. On suppose \(n \geq 0\) donné avec \(P(n)\) vraie (hypothèse de récurrence).
  3. Conclusion. On démontre que la proposition \(P(n+1)\) au rang suivant est vraie, puis on conclut que \(P(n)\) est vraie pour tout \(n \in \NN\).
Divisibilité de \(n^3 + 2n\) par 3

Montrer que : \(\forall n \in \NN,\; n^3 + 2n\) est divisible par \(3\).

Démonstration

Il s'agit de montrer qu'il existe \(k \in \NN\) tel que \(n^3 + 2n = 3k\). Notons \(P(n)\) cette propriété.

1re étape — Initialisation. Pour \(n = 0\), on a

\[ 0^3 + 2 \times 0 = 0 = 3 \times 0, \]

donc \(P(0)\) est vraie.

2e étape — Hérédité. Supposons que \(P(n)\) soit vraie, c'est-à-dire qu'il existe \(k \in \NN\) tel que \(n^3 + 2n = 3k\).

3e étape. Nous allons montrer que \(P(n+1)\) est vraie, c'est-à-dire qu'il existe \(k' \in \NN\) tel que \((n+1)^3 + 2(n+1) = 3k'\). Calculons :

\[ \begin{aligned} (n+1)^3 + 2(n+1) &= n^3 + 3n^2 + 3n + 1 + 2n + 2 \\ &= (n^3 + 2n) + 3n^2 + 3n + 3 \\ &= 3k + 3(n^2 + n + 1) \\ &= 3\bigl(k + n^2 + n + 1\bigr) \\ &= 3k' \quad \text{avec } k' = k + n^2 + n + 1 \in \NN. \end{aligned} \]

Donc \(P(n+1)\) est vraie.

Conclusion. Par le principe de récurrence, on a : \[ \forall n \in \NN, \quad n^3 + 2n \text{ est divisible par } 3. \]

La file de dominos — une image intuitive

Pour comprendre ce principe, imaginons une file de dominos :

  • Si l'on pousse le premier domino de la file (c'est l'initialisation),
  • et si les dominos sont posés l'un après l'autre de manière à ce que la chute d'un domino entraîne la chute de son suivant (c'est l'hérédité),
  • alors tous les dominos de la file tombent (c'est la conclusion).
« C'est en forgeant que l'on devient forgeron »
Dit un proverbe. C'est en s'entraînant régulièrement aux calculs et aux exercices que l'on devient un mathématicien.

À retenir

Points clés
  • Une proposition est une phrase vraie ou fausse, jamais les deux. Les connecteurs « et », « ou », « non », « \(\Rightarrow\) », « \(\Leftrightarrow\) » se manipulent avec des tables de vérité (voir §2.1 à §2.5).
  • Une loi logique (ou tautologie) est toujours vraie, quelles que soient les valeurs de vérité des propositions qui la composent. Les huit lois usuelles sont rassemblées dans la Proposition 1.
  • Les lois de De Morgan : \(\text{non}(P \text{ et } Q) \Leftrightarrow (\text{non } P) \text{ ou } (\text{non } Q)\) et \(\text{non}(P \text{ ou } Q) \Leftrightarrow (\text{non } P) \text{ et } (\text{non } Q)\).
  • Contraposition : \((P \Rightarrow Q) \Leftrightarrow (\text{non } Q \Rightarrow \text{non } P)\).
  • Négation des quantificateurs (voir §4.4) : on échange \(\forall\) et \(\exists\), puis on nie la proposition intérieure.
  • L'ordre des quantificateurs est crucial : \(\forall x\, \exists y\, P(x,y)\) n'est pas la même chose que \(\exists y\, \forall x\, P(x,y)\).
  • Sept schémas de raisonnement à maîtriser : direct (§5.1), disjonction des cas (§5.2), contraposition (§5.3), absurde (§5.4), contre-exemple (§5.5), équivalence (§5.6), récurrence (§5.7).

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